
La poétique de l'espace II

Dans ses travaux les plus récents, Doucet opte pour des dessins au fusain sur toile et sur papier, aux tons plus discrets. Les différentes nuances de gris, remplaçant les couleurs vives comme le jaune, le bleu ou le rouge, renforcent la quiétude contemplative des espaces, mais introduisent aussi une nouvelle ambiguïté. Plus encore que dans les peintures colorées, une mélancolie s’installe, soulignant la dimension du passé. La texture du fusain sur la toile, observée de près, rappelle le grain des photographies anciennes. Dépouillés de leur éclat chromatique, où l’œil du spectateur passe d’un accent à l’autre, ces tableaux recentrent l’attention sur l’espace lui-même, sur l’intérieur face à un extérieur presque effacé. C’était un peu avant le crépuscule montre une fenêtre dont la forme évoque un compartiment de train, des rideaux fins, des voilages transparents à la frontière entre dedans et dehors — et, au-delà de la vitre, un néant laiteux et gris. Nous sommes juste avant le crépuscule, comme l’indique le titre. De même, dans La source, une petite ouverture sur le monde subsiste, ou dans L’épuisement du temps : une lumière pâle, comme dans une cellule de monastère, éclaire un banc et un livre. (Une cellule de monastère stylisée, il est vrai.) Des œuvres comme Mouvement intérieur ou L’adieu à la nuit se concentrent entièrement sur l’espace intérieur, n’offrant qu’un accès indirect au monde extérieur, par exemple à travers un escalier menant à un autre étage — suggéré par un décor mural — ou par les éléments habituels : tableaux, livres, plantes.
Ainsi, les intérieurs de Doucet offrent un regard sur ce que l’homme a créé dans le passé — objets culturels, acquis artistiques, canon du design —, mais aussi sur ce que l’avenir pourrait réserver, lorsque la fenêtre s’ouvre sur l’inconnu. Le spectateur se trouve, avec l’image, dans un entre-deux ; le tableau semble figé, saisi dans l’instant où rien ne bouge et où, au meilleur sens du terme, rien ne se passe. Le jeu de lumière et d’ombre, les nuages passant devant la fenêtre et les plantes, rappels de vie, nous rappellent que l’intemporalité n’est qu’une illusion. Même dans ces espaces silencieux, le temps s’écoule, inéluctablement.
Claudia Knöpfel, historienne de l’art, Francfort, Allemagne
In his most recent works, Doucet uses charcoal drawings on canvas and paper to adopt even quieter tones. The various shades of gray, replacing the bright hues of yellow, blue, and red, intensify the contemplative stillness of the spaces, but also create a new ambiguity. More than in the colored paintings, a sense of melancholy emerges, emphasizing the past. The texture of the charcoal on canvas, upon closer inspection, recalls the grain of historical photographs. Devoid of fresh color, where the viewer’s eye moves from one accent to the next, the images focus even more on the space itself, on the interior as the exterior fades into near-obscurity. C’était un peu avant le crépuscule features a window whose shape is almost reminiscent of a train compartment, thin curtains, transparent veils on the boundary between inside and outside—and beyond the pane, a milky-gray void. We are just before twilight, as the title suggests. Similarly, in La source, there is only a small opening to the world, or in L’épuisement du temps; pale light falls on a bench and a book, as in a monastic cell (a stylish one, admittedly). Works like Mouvement intérieur or L’adieu à la nuit finally concentrate entirely on the interior, offering only an indirect view of the world—through a staircase to another floor, suggested by wall decor, or via the familiar elements: pictures, books, plants.
Thus, Doucet’s interiors offer a glimpse of what humans have created in the past—cultural artifacts and achievements, the canon of art and design—but also of what the future might hold, as the view through the window opens onto the unknown. The viewer, together with the image, finds themselves in an in-between world; the image is frozen, captured in a moment when nothing moves and, in the best sense, nothing happens. The play of light and shadow, clouds passing before the window, and the plants as reminders of life make us aware once again that timelessness is an illusion. Even in these silent spaces, time relentlessly passes.
Claudia Knöpfel, art historian, Frankfurt, Germany








